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Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

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Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Ven 14 Juil - 12:28

J'avais créé ce topic ailleurs. Après en avoir "parlé" avec un des administrateurs, je vous le livre à nouveau, à peine modifié, et j'espère vous donner envie de rouler aux USA en Harley.

***


.../...Descente du Grand Canyon. Soleil rougeoyant. Comme dans presque tous les déserts, il y fait froid dès la tombée de la nuit. Je manœuvre la radio de l’Electra et là : Musique d’une station Navajo (?). Après le charme statique de lieux grandioses, vient la connexion muette avec les Natives…

.../...Autre endroit : « Est ce qu’on peut aller à Roanoke par là ? »
- « Oui, monsieur, on peut aller à Roanoke par là…Mais, excusez moi, vous connaissez quelqu’un à Roanoke ? »
- « Non, je ne connais personne. Je ne sais même pas où c’est »
- « Monsieur, comment vous dire… hum ! Il n’y a rien de touristique à visiter là bas »
- « Justement, c’est pour ça que j’y vais, juste pour voir des gens ordinaires dans une vie ordinaire.»

…/…Autre endroit. .. :…Au pied de la cabine de son Kenworth, le routier en chemisette impeccable et drapeau US sur l’épaule m’explique la signification de ses différents tatouages : « Regarde : ici c’est le symbole de la fidélité à la femme de ma vie. Là, ce sont chacun de mes enfants. Là, c’est hélas la guerre que j’ai vécu qui m’a laissée des traces… » : Puis, il me montre un sticker et une photo dans sa cabine. « Regarde, je suis biker, moi aussi». Fier, sincère, intègre.
On se quitte, il est ému. Moi c’est pareil…

…/…Autre endroit : « J’ai entendu parler français quand vous êtes passés devant le bureau ».
Nous lui expliquons qu’on vient juste d’arriver en ville et qu’on va déjeuner…Elle est la journaliste du journal local. Elle est absolument ravie de nous voir. Elle nous dit qu’elle va faire un article. « Tous les lecteurs du comté sauront que des français en Harley se sont arrêtés dans la ville ». Elle connait la France : La place du Capitool () à « To lose » retrouve des couleurs au fond du Texas... Quasiment euphorique, on ne l’arrête plus....

…/…Autre endroit : Nous nous sommes attablés dans une espèce de cantine self-service aux murs de tôle ondulée. Dehors, essentiellement des pick-up. Quelques breaks aussi. Avec des publicités de marques qu’on ne connait pas en Europe. Les trois gars à notre table en sont au milieu de leur repas, silencieux, le nez dans l’assiette. Sûrement des fermiers ou des travailleurs des champs « C’est votre Harley devant la porte ? ». Entre deux bouchées le grand type me parle français en cherchant un peu ses mots. La conversation est engagée : « Vous connaissez le Nord de la France ? La région de Lille ? J’habitais juste en face, en Belgique…avant. Je suis venu à juste 20 ans. Je n’ai pas plus parlé français depuis si longtemps, j’ai oublié. C’est difficile quand on ne parle pas. J’avais rien quand je suis arrivé. »
-« et maintenant ? «
- « Maintenant j’ai un troupeau. Il est à moi, tout à moi, entier, pas à la banque »
- « Combien de têtes »
- « 2000 c’est petit, tout petit »
Je suis sans voix. Il dessine le chiffre sur la table et ajoute : « it’s a hard work », « I work hard »

* * *

Les américains sont toujours étonnés de voir que des français viennent voir leur pays. Généralement, ils sont curieux.



L’Amérique s’est faite dans la violence. Donc les contrastes humains sont violents eux aussi, incompréhensibles parfois. A 30 m de la 5e avenue et de ses richesses, de ses élégantes employées de bureau, les hobos sont ignorés. Un peu partout dans le pays on peut voir des maisons dont les propriétaires qui ne peuvent plus payer les traites mensuelles, campent dans des terrains vagues.

.../...A l’autre bout du pays, quittant la pimpante Victoria en Colombie Britannique (Canada), redescendant vers l’Oregon et la Californie,  nous nous dirigeons vers Neah Bay à 2 heures de là. C’est le bout du bout en plein territoire des indiens Makah.
Ici tout suinte de tristesse et de désolation, même le cimetière et la flotte de pêche semblent las de fatigue. Le mot lugubre prend tout son sens.

Désolation, pauvreté, tristesse.

Un couvercle de fonte grise pèse de tout son poids sur la population. J’ai l’impression que nous commettons un acte indécent en restant. Trop mal à l’aise nous filons avant que le blues ne nous accable ou colle nos Dunlop sur place. Les totems qui ne les ont pas protégés semblent eux aussi accablés par le ciel du pacifique qui plombe l'horizon souvent gris dans cette partie du pays.

* * *

Rouler en Harley aux USA permet des rencontres humaines qui n’auraient pas eu lieu avec un autre moyen de transport. En Harley, on s’autorise des improvisations liées à l’humeur du moment, à des contacts avec la nature et leurs habitants dans des sensations ou occasions uniques ou multiples pour peu qu’on s’en donne la possibilité.

Avoir une Harley, c’est pour oser se donner des ouvertures en dehors d’un road book strict et des contraintes liées aux réservations planifiées.
Il faut prendre la petite route là, tourner à droite ici ou plus loin à gauche ou l’inverse, franchir le passage à niveau là-bas afin d’être en phase avec le paysage.

Moi, c’est le paysage qui m’intéresse. Pas le décor.
Dans le paysage, il y a les gens. Des gens qui « work hard ». Chanceux ou pas.

Pour moi : Aimer Harley, c’est aimer les States. Aimer les USA sans apprécier ses habitants aux multiples facettes ? C’est vraiment pas possible.

* * *
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par Vieux Bob le Ven 14 Juil - 12:41

il semble que nous ayons pas mal de points communs  Wink


un plan pour bouffer comme des gargantua quand on est fauché,

nous, on allait dans les casino Navajo jouer des cents (il y a des machines à 1 cent) et du coup on avait droit au buffet à volonté
bon c'est pas du *** Michelin mais on s'en met plein le cockpit pour pas radis.

le coup des vaches on a eu ça aussi mais en Oregon, en faisant le plein le pompiste se jette sur son téléphone pour appeler sa femme
qui étai à l'autre bout du ranch en hurlant "Y'A DES FRANçAIS!!!"

on a attendu 1/4 d'heure en plein cagnard, quand elle est arrivée elle nous a pris en photo et nous a demandé:

" vous avez combien de vaches au KM² en France ? c'était le seul sujet qui l'intéressait.

aussi pour rouler aux USA en famille j'aime avoir une voiture moyenne genre Jeep pour emmener le minimum syndical pour camper léger. avant on y allait pour voir la famille 2 fois par ans depuis 1982
avec la marmaille mais maintenant on y retournerait bien faire une petite virée en Harley.

mais plus Arizona, Utah, Nevada etc on en a trop mangé et on est fatigué.

Si je fais une virée chez Sam se sera sur la One de San Diego, si ma femme n'est pas trop triste car nous n'y somme pas retourné depuis 2011 pour cette raison:



si non de L.A. vers le nord
mais nous avons maintenant besoin d'océan et de verdure.

pour nous c'est une merveille de la nature dont on arrive pas à se lasser.
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Ven 14 Juil - 13:24

Salut Vieux Bob,

Il est évident que nous avons énormément de points communs.  cheers
D'ailleurs quand je t'ai lu, j'y ai pris beaucoup de plaisir.
Vos truites au barbecue m'ont donné envie d'y retourner. Mais je ne sais pas pêcher. Tu m'as donné envie...

J'espère que tes enfants ont conscience qu'ils ont un papa formidable et une chance inouïe.
A +

cheers  cheers  cheers
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par Vieux Bob le Ven 14 Juil - 14:41

Un papi

nous non plus on ne sait pas pêcher j'ai braconné (shuuuut)

pour les prendre j'ai utilisé une passoire à spaghetti pour chopper des alevins de poisson (c'est interdit)
puis nous avons cherché des restes de fils de pêche et autres hameçons et bouchons accrochés dans les branches d'arbres
un bout de bois et voilà. Les gamins étaient comme des fous mais heureusement qu'on à pas croisé un garde. alien
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par snatch88 le Ven 14 Juil - 21:12

Merci KP203 pour ce magnifique post, vos échanges sont un vrai bonheur les potos .... on voyage dans vos souvenirs c'est juste magique

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Ven 14 Juil - 22:16

.../...Et c'est pas fini. Quand on est sur la même longueur d'onde...
A +
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par tidji le Ven 14 Juil - 23:39

moi c est bien simple. JE BOUGE PLUS DE DEVANT L ECRAN .

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par Yannboy le Sam 15 Juil - 8:53

Ouais un grand merci pour vos récits et votre partage
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par nonork le Lun 17 Juil - 11:03

Merci à vous les gars cheers

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Jeu 27 Juil - 20:52

-



# 10) New York City

Après avoir quitté JFK, j’ai suivi le groupe avec lequel j’avais voyagé. Un peu comme si j’en faisais partie.
Le bus vient de s’arrêter devant l’entrée d’un hôtel. Ce n’est pas une petite navette à 10 ou 12 places mais un grand bus du genre de ceux des anciens Greyhound Lines aux vitres en forme de parallélogramme. Je dévore des yeux tout le paysage qui s’offre à moi. Pas anxieux du tout, je suis simplement curieux, avide de tout ce qui se défile derrière la vitre.
…/…
Ayant embarqué dans les derniers, j’ai pris la dernière place libre dont je disposais à côté d’une dame d’une corpulence impressionnante. Il ne me reste que moins d’une demi-place, j’y poserais donc juste une demi-fesse. De toutes façons, c’est sans importance. Ce n’est qu’un trajet en navette urbaine. Les passagers situés les plus près de la porte commencent à descendre. Respectueux d’un ordonnancement informel, j’attends donc sagement que mon tour arrive.

Bien qu’étant assis dans le premier tiers du véhicule, certains occupants qu’ils soient français ou américains, veulent à tout prix passer pour descendre avant ceux qui sont situés plus en avant. Vraisemblablement leur hâte d’arriver à leur destination finale.

Conscient que ma présence crée une chicane je trouve dans l’obligation de me lever et bousculé par ceux qui se lèvent trop tôt, je quitte ma place inconfortable, ce que je fais sans hésiter. Le chauffeur a immédiatement commencé à ouvrir les portes des soutes. Sur le trottoir, quelques passagers ont déjà repérés leurs bagages respectifs et certains se saisissent de l’un ou l’autre de leurs valises.
Me voici à proximité des marches du bus. Ralentissement dans le flux et obstruction devant le bus. Scène bien ordinaire de n’importe quel transport collectif arrivé à destination.

Mouvements saccadés et confus dans le petit groupe déjà descendu sur le trottoir. Des cris fussent simultanément sans que je puisse en repérer l’origine ou la raison. Des « Oh my God ! » des « Jesus ! » et des « oh my God » encore. Des “stop”. Des injonctions diverses en plusieurs langues. Incompréhensibles !

Confusément, je sens qu’il se passe quelque chose à deux pas, vers les portes des soutes déjà ouvertes. Quelqu’un déjà en perte d’équilibre me bouscule à son tour. Un hurlement et des cris d’hommes et de femmes que je ne comprends pas. Je fais deux pas supplémentaires de côté pour éviter encore d’être renversé dans le caniveau ou contre la paroi du bus.

Deux types sont en train d’en venir aux mains. Les passagers continuent de descendre.  
La bagarre prend un tour sérieux. D’une violence inouïe, sans règles. Tous les coups sont portés, coups de pieds, de poing au visage, au ventre, on se pousse, on se tire, on se griffe.

Un cercle ou plus exactement un croissant comme une main pas encore fermée se forme autour des deux protagonistes. Le bus s’est progressivement vidé à présent. Les cris de ceux qui découvrent la scène s’ajoutent à ceux des témoins qui ont tout vu depuis le début.
Quelques personnes esquissent un mouvement afin de séparer les deux gars. Rapidement, les bonnes volontés sont repoussées en arrière par crainte d’un mauvais coup échappé de l’un ou de l’autre des combattants. Peur aussi d’un coup de couteau possible venant dont ne sait où et porté par je ne sais qui.

Je me tourne vers la première voisine venue : « que se passe t-il ? » Sa réponse est incompréhensible.

Deux types qui se chicorent pour la  place dans la récupération de leurs valises respectives sans doute ? Ou pour un motif aussi futile du même ordre ?

Je n’en sais toujours rien, malgré mes questions. Je me dis qu’au cas où je viendrais à  prendre  un coup échappé de l’un de ces deux là, je suis bon pour l’hôpital. Je n’ai vu de bagarres qu’à la télé. Ou au ciné  C’était du chiqué avec un bruiteur et des « han » à chaque coup porté et des « ha  » exhalés

C’est pas çà du tout. Ici c’est struggle for life. Ceux là veulent en découdre. Des chiens furieux dotés d’une énergie féroce en pleine rue, à la vue de tous,
À une nouvelle question ma voisine me dit que la lutte oppose un voleur de valises et un des passagers du bus.

Un type qui lutte pour protéger son bien et l’autre qui lutte pour la subsistance.

Qui est qui dans cette terrible bagarre ? Le costaud a pris l’avantage et l’initiative d’un terrible coup qui a totalement déstabilisé son adversaire qui refuse obstinément de lâcher prise.

La chemise de l’un est déchirée, pour l’autre c’est son  pantalon et le tee-shirt qui sont déjà hors d’usage. Un objet vole en l’air. C’est une montre qui fait un vol plané et qui atterri en glissade à plusieurs mètres. Cling cling, cling, le verre de la montre roule sur la tranche, décrit une jolie courbe et s’arrête pile entre mes pieds. Je le ramasse instinctivement.

Le plus petit des deux gars parvient à se dégager et se redresse le premier.
Il prend trois ou quatre secondes de son temps, laisse son adversaire se relever. La lutte se continuera debout. Chacun se met en garde. Le petit est prêt en premier. Il tient sa garde haute, le poing gauche à hauteur du visage. Le grand se tient les poings plus bas, un coude en protection à la hauteur du ventre ; et l’autre poing prompt à frapper, toujours en mouvement.

Le combat de chiens sauvages s’intellectualise.

C’est Ray Sugar Leonard contre….. Contre qui ? Jo Frazier ? G. Foreman ou leurs frères respectifs. A mains nues. Un œil saigne, une joue est déchirée. Les crânes se sont cognés et ont cogné le sol à plusieurs reprises, le sang coule de part et d’autre.

Le petit est plus vif, plus technicien, le buste et la tête en avant, il repousse son adversaire qui possède pourtant une allonge bien supérieure. Le grand porte un direct terrible en pleine face. La tête part en arrière sous le choc.

Sur lequel des deux faut-il sauter pour que ce massacre prenne fin ?

Le pugilat a changé de nature, ce n’est plus la lutte pour la préservation d’un bien contre celle du gain d’un moyen de subsistance répréhensible, c’est désormais un combat de gladiateurs.

La pince s’est refermée et le cercle s’est progressivement transformé en une arène silencieuse. Plus de cris alentours, c’est le silence de la consternation muette. Une consternation pas consentante, mais tétanisée par l’horreur.

Juste les bruits ordinaires de la circulation new-yorkaise à quelques mètres de la mise à mort à laquelle personne n’est préparé. En tout cas, pas au départ ou au retour de vacances en pleine rue.
Une monstrueuse suite de coups portée au flanc met à nouveau le grand à terre. Il souffre terriblement. Le petit lui a t-il fait éclater le foie ou la rate ?

C’est insupportable.

Trois ou quatre secondes de répit. D’un seul coup avec une vivacité surprenant, le grand prend appui sur sa jambe droite, se relève et file à travers le cercle des passagers et des badauds. Dans un ultime moment de lucidité, il a compris qu’il doit s’extraire s’il veut vivre. De toutes façons, quelle que soit l’issue, il ne repartira pas avec le butin qui lui a définitivement échappé.
Il en est incapable physiquement, il n’a plus de ressources. Plus personne dans le cercle de l’assistance ne le laisserait faire non plus.

Son bien le plus précieux c’est la vie qui pourrait lui rester s’il en réchappe. Dans le plus optimiste des cas, ce sont des semaines d’incapacité. L’invalidité d’un voleur de valises dans les rues de la jungle ? Les plus miséricordieux des dieux s’en moquent. Les humains aussi...

Le petit est surpris par la manœuvre de son adversaire. Il baisse un peu la garde, puis baisse totalement les bras. Lui aussi est totalement exténué. Il esquisse un ultime  mouvement en direction de son challenger et, finalement, renonce à le poursuivre. Dans ce ring informel et imprévu, il n’y a pas de cordes, pas d’arbitre, pas de soigneurs, pas d’assistance médicale non plus. Rien.

Le balaise boite bas. Il se tient le flanc droit. Il réussit à faire encore une douzaine ou une quinzaine de mètres supplémentaires tout au plus. A t-il seulement parcouru vingt cinq mètres depuis la soute du car ? Il se met hors de portée provisoire du déluge qui vient de l’accabler…Et s’affaisse au pied de l’entrée de l’hôtel contigu.

Le voilà, le souffle court, les yeux totalement hagards. Il produit un effort terrible pour redresser un peu le buste. Jauger d’un lent regard par-dessus l’épaule afin de voir ce que fait le cercle qu’il a réussit à briser. Un regard de bête à l’agonie. Personne ne vient l’achever d’un crochet au menton…

…/…Je rends le verre de montre à son propriétaire. Ses pas sont incertains. Le souffle court. Les yeux dans le vague, totalement épuisé, il a maintenant une démarche et les mouvements d’un automate déglingué. Il grimace affreusement. Vacille un peu. Des traumas pleins la tête et plusieurs phalanges brisées sur chacune de ses mains. A coup sûr.


« Bienvenue à New-York »,  Georges, me dis-je.


New-York City ©GS.1985

* * *


Plusieurs années plus tard, Claude Nougaro composera « Nougayork ». Lui-même ou son parolier étaient-il dans le bus ?

Dès l'aérogare
J'ai senti le choc
Un souffle barbare
Un remous herd-rock
Dès l'aérogare
J'ai changé d'époque
Come on ! Ça démarre
Sur les starting-blocks

Gare gare gare
Là c'est du mastoc
C'est pas du Ronsard
C'est de l'amerloc
…/…
A moins qu'un lascar
Au détour d'un block
Et sans crier gare
Me découpe le lard

Façon jambon d'York.





-
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par snatch88 le Jeu 27 Juil - 23:07

Au moins la baston est restée loyale ....

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par tidji le Ven 28 Juil - 11:38

woahhhaaa un conteur sur le fofo

j adore . c est pas donné a tout le monde de savoir raconter . faire passer l emotion . et tout .

moi je sais pas et je fais des fautes

merci a toi poto

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Les hommes sont comme les chevaux

Message par KP203 le Mar 1 Aoû - 11:06





# 21 Nuevo Laredo

Les hommes ont bien des points communs avec les chevaux. Des animaux grégaires. Dès que le besoin s’en fait sentir, ils ont tendance à se grouper. Pour se protéger ou se rassurer.
Enfin, pour la plupart d’entre eux sans doute. Pas pour tous, heureusement.

Les deux jeunes gars assis à 6 ou 8 mètres de moi à sur ma gauche discutent entre eux. Deux potes sûrement. La vingtaine ou à peine plus. Pas des citadins ni des étudiants. D’après leurs vêtements ce sont des gars qui travaillent de leurs mains. L’un porte une casquette publicitaire sur la tête l’autre celle d’un club de sport : basket ou football américain, je ne peux pas identifier. Chacun possède un petit sac ; de quoi mettre quelques fringues pour un week-end, guère plus. Aux pieds des chaussures qui sans être des chaussures montantes de chantier sont quand même de bonnes godasses, bonnes à tout faire ou presque.
Pendant un moment, j’ai essayé de suivre leur conversation, mine de rien, mais c’est trop difficile. Il y a longtemps que je n’ai plus parlé anglais. Un blocage ancien. Psychologique parait-il.
Suivre une conversation à laquelle on n’est pas convié présente des difficultés :
D’abord c’est pas bien poli. Des mots d’un argot vivant et évolutif viennent parfois compliquer la tâche. Et puis c’est pas ma langue. Enfin c’est fatigant, ça demande de l’attention pour en saisir les nuances et les intonations. Et puis ce qu’ils se disent c’est pas mon affaire non plus, pas mon histoire.

La nuit s’est totalement établie depuis un bon moment : Peu à peu tous les voyageurs mexicains ont plus ou moins bruyamment quittés la salle de la gare routière. Soit parce que quelqu’un est venu les chercher avec forces embrassades et autres congratulations, soit parce qu’ils se sont dirigés vers une des sorties situées dans mon dos.

Au fur et mesure que la salle se vide, je jauge du regard si une des places libérées n’est pas meilleure que celle que j’occupe. Mieux éclairée, mais pas trop non plus. Pas trop proche d’une entrée intempestive d’un agresseur potentiel ou d’un pochtron à la recherche de compagnie. Ou autre…Par précaution, j’ai poussé mon sac sous mon siège après l’avoir attaché à un de mes lacets. On ne sait jamais…la nuit.
Me voilà reparti dans mes pensées…

Les deux gars s’allument une cigarette avec une « strike anywhere match ». Ces allumettes qui s’allument partout. L’un des deux a remarqué que j’ai à peine tourné la tête vers eux, attiré par la flamme. Geste, somme toute, très banal.

« - Tu veux une sèche ? ». Mince ! J’avais pourtant décidé de ne pas dormir mais je me suis quand même assoupi. Le gars est là, debout devant moi sans que j’aie vu ou entendu quoique ce soit. L’autre le rejoint.
« - Tu veux une sèche ? » me répète t-il
« - Une sèche ?
« - ben oui, une clope, une cigarette quoi ! Tu comprends pas ? » Il me montre son paquet de Camel. Puis il me le tend sans attendre ma réponse.

Mon hésitation l’a surpris. Comment lui dire sans que mon refus soit mal interprété, que je ne fume plus depuis des années, d’autant que j’ai son paquet en main. Quels que soient les lieux, une cigarette est quasiment toujours un signe d’ouverture, un désir de communication, le premier pas vers quelque chose. Son geste est amical.
Nous nous retrouvons être les seuls « non-mexicains » de cette salle un peu miteuse. Cette clope partagée nous rapproche un peu plus. Ayant franchi la frontière qui sépare les USA du Mexique, cette clope nous permettra de franchir une autre frontière. Celle de l’indifférence.
- « Where from ?»
- « Europe ! »
- « Europe ? La France ».
Je confirme que je suis français.
- « La France et l’Allemagne c’est en Europe ? La Normandie aussi ? »
L’autre l’interrompt.

- « Moi, je sais où c’est la Normandie, c’est une partie de l’Allemagne, un de mes oncles a été en France. Il a été là bas, il était militaire, il me l’a dit ».

L’Histoire avec un grand H,  on leur a mal expliquée ? Ou bien est-ce pour eux, une simple histoire mal comprise ? Je suis stupéfait. Pour ces deux là, tout est très flou ou très lointain. C’est pourtant celle de leurs proches parents.

Ces gars ont 15 ans de moins que moi. J’ai envie de rétablir la géographie et l’Histoire des peuples également. Terrible aveu de la méconnaissance. Moins de 30 ans après la fin de la seconde guerre mondiale…
La Normandie, Omaha Beach, Utah, Gold, Sword, Juno pour les canadiens…Colleville sur Mer. Mentalement je leur souhaite de venir et de s’asseoir sur l’un des bancs du cimetière du débarquement dans cet espace propice au recueillement et à la méditation.
Tombes de ces milliers de mecs qui y ont laissé leur peau.

Là-bas, j’avais été attiré plus particulièrement par l’une d’elles. Au pied d’une croix, quelqu’un avait fraîchement fiché en terre un bâtonnet entouré de laine rouge relié à un beau collier indien réalisé en os. Rouge comme la terre de là bas ? Quelqu’un de sa tribu avait rendu hommage à un Choctaw *   - d’Oklahoma peut être ? Comme les autres G.I’s, venus de si loin…
Un gars de 19 ans.

« Si les Ricains n’étaient pas là,
Nous serions tous en Germanie
A raconter je ne sais quoi
A saluer, je ne sais qui. » … » Dans la chanson de Sardou…

Amitié franco-américaine symbolisée par Marianne et Columbia.

J’ai envie de leur dire la force émotionnelle du carillon au milieu des tombes. La sonnerie aux morts de l’US Army au bord de la mer…
J’ai envie de leur dire le Mémorial. J’ai envie de leur dire le Jardin des Disparus…
…/ …et bien d’autres choses encore.

Décidément ce passage de la frontière m’aura donné un goût de maussade.

***


*   Le nom d’Oklahoma vient de deux mots qui signifient « peuple rouge ». Les premières traces de la présence humaine en Oklahoma datent de la dernière ère glaciaire. Originaires du sud-est, (Floride, Alabama, Louisiane) la tribu des Choctaw était considérée comme une des cinq tribus « civilisées ». Chateaubriand les nomme «Chactas » dans Atala »
Par le traité de Dancing Rabbit Creek, les Choctaws déportés de force ont choisi de s’établir dans le nouvel état du Mississipi. Ils connurent eux aussi leur Piste des Larmes. Ils sont désormais écartelés en groupes disséminés entre l’Oklahoma (79000) le Texas. (24000), la Californie (23400), le Mississipi (9300), l’Arkansas (4800), l’Alabama (4500)
Pendant la première guerre mondiale les soldats Choctaw ont servi dans l'armée US comme les premiers codetalkers utilisant leur langue.


Dernière édition par KP203 le Mer 2 Aoû - 12:47, édité 1 fois (Raison : oubli de notes)
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par snatch88 le Mar 1 Aoû - 22:15

Je partage ce ressenti maussade Crying or Very sad

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Jeu 3 Aoû - 18:03

-


# 25 Taos Pueblo

- « C’est pas pour nous ».
- « La ville a bien changée »

Voilà les réflexions que nous nous sommes faits après avoir glandé un peu dans Santa Fe à la recherche d’un magasin d’alimentation.
Pourtant le nom de Santa Fe sonnait bien.

Santa Fe, c’était une des destinations mythiques invariablement énoncée dans les westerns comme étant un refuge, un point de passage ou un havre de tranquillité momentanée avec saloon accueillant et relais de diligence.
Le cocher donnait alors un coup de fouet ou une secousse dans les rênes et l’attelage s’élançait pour les relais d’alors : Tucumcari, Santa Rosa, Santa Fe, Galup, Flagstaff, destinations espérées pour des raisons diverses par tous les passagers qui s’étaient embarqués dans la diligence pour cette chevauchée plus ou moins fantastique.
« Stage Coach » de John Ford, quintessence du western dont John Wayne et Claire Trevor sont têtes d’affiche.
Film considéré comme un chef d’œuvre avec personnage de médecin à la fois alcoolique et philosophe, prostituée au grand coeur, femme enceinte d’un officier yankee, banquier sans vergogne, joueur professionnel sudiste bien éduqué et bien sûr shérif à la poursuite d’un hors la loi.
Même si l’arrière-plan laisse apparaître les décors naturels de Monument Valley en Utah ou d'autres du sud de l’Arizona, l’unité des  paysages laisse présager que l’action aurait pu se dérouler ici au Nouveau-Mexique plutôt qu’à Lordsburg et Apache Wells comme l’annonçait le cocher.

De galeries d’art en boutiques, nous avions pourtant vraiment appréciés certains bijoux de grande beauté et de grande qualité mais la succession ininterrompue des lieux d’exposition-vente avait fini par nous lasser un peu.

.../...Préférant des lieux moins visités et à la recherche d’un peu plus d’authenticité, nous avions alors pris la route du Nord par Espagnola le long du Rio Grande. Ensuite, nous avons mis le cap tranquillement sur Taos.
Il y a deux parties dans cette petite ville : Taos proprement dite et son pueblo situé au bout de la route au-delà de laquelle il n’est pas possible de continuer.

Quinze fois plus petite que Santa Fe, la taille de la ville nous convient déjà mieux. Le village de Taos Pueblo est visitable; mais n’est accessible qu’à pied pour les non-résidents que nous sommes.
L’indication est mentionnée à 100 m de l’entrée du village avec obligation de laisser les véhicules sur une petite aire de stationnement en terre caillouteuse.
Alors que nous circulons à très faible allure en nous préparant à nous garer, d’un seul coup une vision nous ravi les yeux tellement nous sommes projetés une quarantaine d’années en arrière ou plus :
Devant nos yeux étonnés passent une dizaine de chevaux au petit trot, crinière au vent, juste un licol passé sur la tête pour le plus hardi d’entre eux qui semble mener la petite troupe.

Le temps de béquiller l’Electra, de payer le parking au gardien indien qui est sorti de sa cabane-guichet en contreplaqué, le petit troupeau disparaît quelque part entre les rues du village.
Au-delà vers la prairie sèche.
Du côté du cimetière.
Vers l’Ouest.

Pas du tout de vilains canassons efflanqués à bout de souffle, la tête basse dans une attitude résignée. Non ! De belles bêtes bien sveltes me semble t-il. Rien à voir avec certains animaux malingres que nous avons eu l’occasion de croiser dans la prairie « open range » quelques jours auparavant. Les quelques rares piétons du pueblo ne semblent avoir manifesté ni surprise ni intérêt. Ici les « indians ponies » en totale liberté dans le village font partie du paysage, de l’environnement physique et mental des indiens.
Symbiose générale.
Nul garçon à la poursuite du troupeau, pas de pick-up déglingué qui se serait lancé à la course en soulevant la poussière dans la lumière de la matinée.

Quel bon signe de bienvenue faisant appel à des résonances intérieures nous a été adressé ce jour là par le village en adobe.
Depuis 25 ans,  j’ai dans mon bureau,devant les yeux un tableau représentant une scène ordinaire et douce d’un village pueblo. Aussi, la vision de cette harde de chevaux aussi inattendue que fugace constitue le cadeau d’accueil opportun dans cette atmosphère paisible telle quelle se présente et qu’elle devait être avant l’arrivée des envahisseurs.

…/…Quittant la partie indienne nous goûterons la quiétude du reste du village, accueillante résidence d’artistes. L’aspect naturel des maisons est ici en harmonie avec la nature environnante.
Tout le contraire d'une ville musée figée dans le décor ou d’une ville où le maître mot - beaucoup trop actuel- serait l’appel du dollar des boutiques contiguës et trop similaires les unes aux autres.
Au contact de la terre argileuse présente partout dans l’architecture des maisons simples et parfois fleuries, la nature s’adresse aux sens, à l’intuition et aux émotions dans les galeries d’artistes de la plaza et des rues alentours.

Il fait bon vivre içi nous semble t-il.

En continuant notre flânerie au hasard des rues, je tombe en arrêt devant une pierre gravée enchâssée dans un mur. La maison de Kit Carson ! Çà alors ! Notre visite à Taos étant un peu impromptue, la surprise n’en est que plus grande.
Plus loin, une plaque en fonte. Je lis et relis, je photographie à de nombreuses reprises, prenant du recul cherchant à tout cadrer dans le but d’en faire une lecture approfondie à tête reposée.

Quoi ! Kit Carson, ce massacreur d’indiens, adepte de la politique de la terre brûlée, qui a détruit les terres Navajos, confisquant ou tuant le bétail, tuant aussi des mexicains, ce grand exterminateur a été directement ou indirectement responsable de la mort de milliers de Navahos, mais aussi de Cheyennes, de Comanches, d’Apaches.  
Ce Carson fut responsable de la mort des Natives acculés dans le canyon de Chelly et de la déportation des survivants au cours de «la longue marche» * de 1864.
C’est bien ce même Kit Carson qui était membre de la loge maçonnique de Taos. Elle lui rend ainsi hommage de façon publique et ostensible.
Je lis et relis la plaque, les plaques. Mon vocabulaire étant limité, je suis pris d’un doute.
Puis je n’en ai plus. Tout est expliqué. Sauf l’inexplicable.

Moi qui croyais jusqu’à présent que la franc-maçonnerie était une association altruiste humaniste, philosophique et philanthropique et que ses membres oeuvraient pour le progrès de l’humanité…

Me voilà douché pour le reste de ma vie...


* * *




Notes :
L’armée US fit prisonniers 8 500 Navajos et 500 Mescaleros. Envoyés à pied dans la réserve de Fort Sumner, au Nouveau-Mexique. Cette déportation est connue dans l'histoire navajo comme la « longue marche de Bosque Redondo». Dans cette réserve, les Navajos eurent à souffrir cruellement d'épidémies et de famines.
Ed Quillen, chroniqueur d’un journal de Denver qualifia Bosque Redondo de  : camp de concentration.
En 1868 un nouveau traité fut promulgué autorisant les survivants à rejoindre une réserve aménagée sur leur ancien territoire.

- A propos de l'écriture et de surtout de la prononciation : J’avais demandé à un gosse, il y a plusieurs années de cela : On écrit « Navaho ou plus souvent Navajo » mais la prononciation correcte est celle avec un « h » aspiré comme dans « to have ». Donc Navaho.
Eux même s’appellent « dinee » (le peuple).





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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par snatch88 le Sam 5 Aoû - 8:24

Superbe ton partage merci à toi

Et une nouvelle démonstration qu'il faut aller derrière les vitrines/pièges touristiques pour y trouver l'authentique

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Sam 5 Aoû - 9:32

-



Salut,

Je ne suis pas un ennemi acharné des lieux touristiques : il faut les voir. Pour un touriste US, aller à Paris c'est comme pour nous tous :  Aller sur l'esplanade du Sacré-coeur et voir la tour Eiffel.
Au cours de nos virées à travers les USA nous sommes bien évidemment partis voir, sentir, humer l'atmosphère de ces lieux à succès. Mais tu as raison, il faut surtout aller au délà, ce qui ne veux pas dire aller beaucoup plus loin. Il suffit d'ouvrir les yeux et regarder derrière le décor parfois largement travaillé à des fins touristiques.

Quant à nous, nous préférons l'authentique. Celui qui nous marque et laisse une trace également chez nos interlocuteurs (trices) :  

Ainsi, un matin un peu frais, nous béquillons la Harley dans un tout petit poste à essence assez miteux. Je fais le plein et entre acheter je ne sais plus quoi exactement (des chocolats chauds au distributeur surement). Autour de nous, en regardant bien, que des indiens venus faire de maigres courses ou venus faire le plein. Je fais la queue et laisse passer mon tour de payer. La conversation s'engage avec le Navaho derrière moi et ensuite avec la réceptionniste.
Je lui dit mon étonnement par rapport à ma compréhension facile de la langue et donc de sa diction absolument parfaite. " Vous êtes ici dans une  réserve Hopi. Nous avons appris l'anglais à l'école de la réserve. Pendant toute notre scolarité, nos 'teachers' nous ont appris à bien prononcer la langue anglaise de façon à ce que nous ne soyons pas discriminés plus tard par rapport à notre prononciation."

.../...Quand on sait à quel point il est parfois difficile de comprendre certains américains... on ne peut que lui donner raison... Et la jeune réceptionniste se met à me dire quelques mots en français. En français ! En espagnol, j'aurais compris, mais non, elle a aussi appris à parler français, langue qui ne lui est absolument d'aucune utilité en Arizona...mais c'est bon pour la tournure de l'esprit me dit-elle en éclatant de rire...



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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Jeu 28 Sep - 18:07



# 2 "The prairie"

... /…

Je gare l’Electra sous un grand arbre. Un micocoulier ? C’est bien possible, je crois bien qu’il en existe plusieurs dizaines de variétés. N’ayant pas assez de connaissances en botanique, je poserais la question au rancher. A ma gauche les écuries : plusieurs constructions d’origines différentes en planches horizontales peintes en rouge. Ossatures passées au blanc. Un air de déjà vu au Danemark ou en Norvège. Face à nous, la maison d’habitation précédée d’une pelouse matérialisée par de petits blocs de rochers horizontaux qui marque la limite avec l’allée en cailloux concassés. A droite s’étendent les pâtures. Plus près, un grand corral avec quelques chevaux qui ont à peine levé la tête au passage.

…/ …Nous logeons dans une cabane adossée à la sellerie. 3,5 m sur 4 pour la partie chambre. Peut être davantage. Les murs sont constitués de simples grosses planches rabotées sur les deux faces. Les constructeurs ne se sont pas cassés la tête : Pour faire le joint entre elles, un gros boudin de ciment. Je tourne autour pour examiner le processus : simple, efficace, économique, proprement réalisé. Sans fausse note.
En montagne, quand j’étais jeune, venant épauler le paysan-charpentier qui avait fait mon éducation en termes de construction, nous avions remontés une grange d’alpage, construction traditionnelle s’il en est. Chez nous, les interstices entre les rondins étaient bourrés d’un mélange de mousse et de boue. Ici, n’ayant pas beaucoup d’arbres, ils ont remplacé le tout par un mélange de ciment et de chaux grasse. Même besoin, même technique. A ressources naturelles près. Similitudes d’un genre de vie.
C’est du home-made à coup sûr.

De simples tapis de selle pour descente de lit. Tabourets en bois et lampes de chevets de même conception complètent l’équipement. Et zou ! Que demander de plus ? Pas de décoration aux murs. Pas de colifichets. Pas d’ornements de mauvais goût.  Un simple coffre contenant une couette supplémentaire et des bougies complètent le mobilier. Ah oui bien sûr, 2 simples fauteuils recouverts d’un tissu écossais vert et bleu nous attendent. Je fouille au fond du coffre : Un vieux magazine local au papier glacé un peu écorné. Une revue de rancher ou de cow-boy avec Ronald Reagan en page de couverture.  Beaucoup de publicités pour les armes à feu, les transports de chevaux et autres équipements de même nature. Je le feuillette avec avidité.

Debout, les pieds bien ancrés dans le présent, je me vois projeté à des années en arrière en train de feuilleter le National Geographic US ou autres magazines du même acabit dont je me nourrissais, quand j’avais le bonheur de mettre la main dessus.

- « C’est pas possible, on doit avoir  une des chambres des amis de la famille… »
- « Exprès ou pas, comment ne pas se sentir OK dans un cadre pareil  après une journée en Harley ? »
- « Voilà, c’est exactement ce qu’il nous faut pour maison : du simple, du chaleureux. Quand ils ont construit, je suis certain que personne n’est venu leur casser les pieds. Pas de déclaration de permis de construite, de certificat d’urbanisme, pas de fonctionnaires obtus pour leur imposer une couleur, une orientation de toiture et autres contraintes administratives dont ces derniers ont a le secret pour nous empoisonner l’existence ».
- « Rêve pas, chéri, tu vas te rendre malade, profite des lieux. »

Pas de serrure à la porte. On ne risque rien. Les seuls coyotes potentiels sont à deux pattes et ne doivent pas être nombreux dans la région. Sous le vaste porche d’entrée, un banc adossé à la cloison. Au sol, un tapis aux motifs géométriques d’inspiration indienne vraisemblablement.  La barrière de la véranda nous sépare d’un petit ruisseau légèrement en contrebas.
Il ne doit pas être bien profond. Les chevaux qui l'ont traversé ont à peine mouillé leurs paturons.

Depuis la véranda : Vue directe sur des centaines d’hectares.

« The prairie »

Technicolor ou en Panavision ?  j’en sais rien ! Mais voilà, il faut que je dise une chose encore. Je ne sais pas ce qu’est le bonheur, mais une chose est sûre.

On s’en approche.




 Wyoming, South Dakota ©️ GS.


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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par snatch88 le Jeu 28 Sep - 18:56

Superbe I love you I love you

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par Vieux Bob le Jeu 28 Sep - 20:36

Ce qui est unique et bizarre c'est que quand on traverse ces immensités, quand on côtoie ces gens si extraordinaires,
sur l'instant on ne réalise pas tout, et même que, la première fois, en arrivant, on n'est presque pas étonné, pas "bluffé" tout semble facile, simple, naturel...

c'est au retour en Europe que le film se déroule dans les moindres détails et que les images se fixent à jamais.

je ne connais personne qui n'y soit pas retourné.
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Jeu 28 Sep - 21:07

Bien vu Vieux Bob ! Merci Snatch.

Quelques lignes écrites il y a plusieurs années et vécues il y a plus longtemps encore.

Moments de douceur rude, intense totalement prenante....vécus au naturel.
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par tidji le Jeu 28 Sep - 23:28

merci l ami merci

bob c est vrais la premiere fois a peine rentré je n avais q une envie y retourné...........VITE .

et apres 4 fois c est toujours la meme chose .

le prochain grand periple serat encore la bas la prochaine fois .

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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par Vieux Bob le Ven 29 Sep - 11:00

depuis 1982, année de mon mariage et connaissance de mon beau père expatrié français pour raisons politiques à l'époque 1952 (la date veut tout dire)...
sa double nationalité, nous y allions tous les ans jusqu'à ce que tout s'arrête brutalement en 2011.

Maintenant que les peines sont apaisées nous allons y retourner c'est certain, ce sera, une fois de plus, pour remonter la "ONE" le long du Pacifique de San diego à Seattle ... et la redescendre car il faut absolument la faire dans les deux sens! les paysages sont si vastes qu'on ne voit pas la même chose.

Je n'ai jamais connu une telle émotion.
Alors, c'est certain, L'Arizona, le Utah (surtout) , Wyoming, Oregon, Nouveau Mexique, enfin le Grand Ouest (je dirais sans le Nevada qui ne m'apporte rien, perso) sont des lieux bénis des dieux  de la beauté où règne  cette "rude douceur" mais avec l'âge, la côte Pacifique apporte une espèce de bien-être qui n'existe surement pas ailleurs, on peut s'assoir des heures face à l'océan sans rien faire, les port de pêche, les resto à fruits de mer, les californiens, LES CHOPPERS!!!  affraid les bikers: j'ai vu , un jour et par hasard, un run de Bandidos près de la frontière mexicaine, ben, ça vaut le détour Very Happy on a eu aussi des petits tremblements de terre, y'en a souvent, c'est doux, à côté .
la musique à L.A., la Bonne bouffe! (eh oui, et pas qu'un peu!) le côté super écolo de San Francisco, le "wine country", des vignobles superbes et du bon vin (oui oui) Les rocheuses...

c'est unique et sans fin. si on aime pas, faut pas y aller.

tout ce qu'écrit KP203 est véridique et parfaitement ressenti, à la virgule près !  Bravo.
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par KP203 le Lun 2 Oct - 13:41

-



Merci Vieux Bob pour tes remarques et pour le compliment qui me touche particulièrement.

Ce qui prouve que nous sommes capables de ressentir les mêmes choses à distance bien que nous ne nous connaissons pas.

Cependant il faut constater que ce sujet n'intéresse guère l'énorme majorité des gars qui fréquentent ce forum. Soit parce que les paysages des USA ne leur évoquent rien peut être parce qu'ils n'y sont pas encore allés ou peut être pour des raisons liées à leur réserve... Bref les hypothèses ne manquent pas. C'est dommage.

J'ai encore d'autres souvenirs écrits tirés de mes "carnets de voyages ". Un de mes petits textes a séduit la rédaction d'un journal (de motards) qui devrait le faire paraitre dans de ces prochains numéros ou pour le début 2018.

Tu as raison Vieux Bob d'écrire " je ne connais personne qui n'y soit pas retourné". Je partage ton point de vue. Tu as remarqué l'enthousiasme de Tidji qui fait plaisir à voir.  Smile   cheers

De retour de notre traversée des USA depuis la côte Atlantique de la Floride vers le grand Ouest, nous avons suivi partiellement une des routes migratoires empruntée par les pionniers. J'ai pris un pied fantastique...pour l'instant encore intraduisible en mots. Pour un peu je n'avais pas envie de rendre la Harley.

A plus.



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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

Message par Vieux Bob le Lun 2 Oct - 16:50

détrompe-toi, le sujet intéresse beaucoup y compris des membres que je connais perso
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Re: Aimer les Harley sans aimer les USA et les américains ?

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